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Le gynécologue congolais Denis Mukwege reçoit le Prix Sakharov

Le "docteur miracle" a reçu le prix Sakharov. Le Parlement européen a choisi, mardi 21 octobre, à l'unanimité, de remettre son prix "pour la liberté de l'esprit" au gynécologue congolais Denis Mukwege pour son travail auprès des femmes victimes de viols et de violences sexuelles dans le contexte des conflits armés.
Depuis quinze ans, le docteur Mukwege s'emploie inlassablement à réparer les corps. Avec ses équipes de l'hôpital de Bukavu, dans le Sud-Kivu, il a déjà soigné plus de 40 000 femmes, violées et mutilées. Un travail à la mesure de l'horreur à laquelle il est confronté : l'ONU estime que plus de 200 000 femmes ont été violées, par des militaires, des miliciens ou des civils, ces quinze dernières années en République démocratique du Congo (RDC). 
Un engagement qui a failli lui coûter la vie
À 59 ans, Denis Mukwege, aujourd'hui directeur et chirurgien en chef de l'hôpital de Bukavu, a soigné des femmes jeunes ou âgées, ainsi que des enfants.  Son engagement a bien failli lui coûter la vie. Le 25 octobre 2012, il a échappé à une tentative d'assassinat à son domicile. Mais cela n'a pas suffi à le faire renoncer. Après trois mois d'exil en Suède puis Belgique, il est rentré à Bukavu, auprès des patientes qui l'attendaient, comme il l'a toujours fait.
>> À voir sur France 24  : Denis Mukwege, le docteur qui "répare" les femmes mutilées
Né en mars 1955 dans cette ville située sur les rives du lac Kivu, Denis Mukwege est le troisième fils d'une famille pentecôtiste de neuf enfants. Après des études de médecine au Burundi, il revient dans sa ville natale pour exercer à l'hôpital de Lemera. Il y découvre les douleurs de femmes qui, faute de soins appropriés, souffrent régulièrement de graves lésions génitales après un accouchement.
À la faveur d'une bourse, il part étudier en France pour se spécialiser en gynécologie-obstétrique et retourne à Bukavu en 1989. Lorsque la guerre éclate, en 1996, dans l'est du pays, l'hôpital est totalement dévasté. Il décide alors de fonder un autre établissement dans le quartier Panzi, dans le sud de Bukavu, pour soigner les femmes victimes de la barbarie.
Le viol comme arme de guerre
Dans cette région de l'est de la RDC, très riche en ressources minières, les bandes armées - miliciens ou soldats réguliers - violent en toute impunité. Ils laissent, dans la chair et le ventre des femmes suppliciées, la signature de leur torture. À coup de machettes, de pieux ou d'armes à feu, le viol est une arme de guerre.
"Ma première malade en 1999 avait été violée, puis on lui avait introduit une arme dans l'appareil génital et fait feu, elle avait tout le bassin détruit. Je pensais que c'était l'½uvre d'un fou mais la même année, j'ai soigné 45 cas semblables", se souvient-il.
Régulièrement recompensé en Europe et aux États-Unis, Denis Mukwege a saisi toutes les tribunes qui lui ont été offertes - ONU, Parlement européen, diverses universités - pour dénoncer le viol qui, "utilisé comme une arme de guerre, (...) détruit le tissu social, entraîne une perte d'identité collective, détruit toutes les croyances". Depuis le début de l'année, il a lancé un mouvement féministe masculin, V-Men Congo, et appelé à une "mobilisation générale" contre un nouveau fléau : les viols d'enfants et de bébés.

Avec AFP 

Publiée le : 21 octobre 2014

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